Notice

  • Bibliomer n° : 6 - Juin 1999
  • Thème : 5 - Consommation et marchés
  • Sous-thème : 5 - 3 Economie et consommation
  • Notice n° : 1999-0567

Alaska : l'année du colin

Alaska : The year of the pollock

Nordness K.

Seafood International, 1999-03, p. 41, 43, 45


Analyse

L'état d’Alaska est une des premières régions productrices de poisson au monde, avec près de 3millions de tonnes par an. Le secteur de la transformation y est très actif et concerne principalement trois espèces - le colin d'Alaska (Alaska Pollock), le saumon et le crabe - qui sont largement exportées. L’année1999 est une année capitale car l’industrie du colin est obligée de se restructurer suite à la législation mise en place à la fin de l'année1998. Par ailleurs, l’industrie du saumon est en pleine crise économique.
Les nouvelles règles du jeu pour les pêcheries de colin d’Alaska
Le colin de l’Alaska qui est essentiellement pêché par les Américains et les Russes, fait partie des poissons blancs. Ces espèces dont les principaux débouchés sont les filets et blocs surgelés ainsi que le surimi, représentent actuellement, toutes formes commerciales confondues, 12% de la valeur du commerce international de produits de la mer. A titre de comparaison les crevettes, le thon et le saumon produisent respectivement 20%, 10% et 8% de la valeur de ce commerce.
Depuis dix ans, la pêcherie de colin d’Alaska dont le chiffre d’affaires dépasse les 5 milliards de francs par an, est dominée par de gros bateaux usines financés à hauteur de 50% par des capitaux non américains (norvégiens et japonais). Cette industrialisation de la pêcherie accompagnée d'une compétition féroce entre bateaux a entraîné une mauvaise gestion de la ressource. C'est ainsi que le quota annuel est consommé en quelques mois.
La nouvelle réglementation agit à plusieurs niveaux. Elle diminue fortement les quotas accordés aux bateaux-usines qui transforment le colin en surimi et en filets congelés, au profit des bateaux débarquant leurs captures pour être transformées à terre. Elle impose l'augmentation de la part du capital américain dans ces sociétés de pêche (75% au lieu de 50%). De plus, elle favorise les coopérations entre pêcheurs ou entre pêcheurs et transformateurs pour améliorer la gestion de la ressource.
Par ailleurs, un autre facteur d’évolution de cette pêcherie provient du renforcement de l'application des mesures de protection des lions de mer. Les bateaux doivent ainsi pêcher plus au large, dans des zones où les concentrations de colin sont moins fortes.
Le prix des poissons blancs a fortement augmenté en 1998, au niveau international. Ceci après plusieurs années de stabilité des prix, au cours desquelles l’exploitation de nouvelles zones de pêche permettait de compenser la baisse des stocks traditionnellement exploités. Cette augmentation des prix est non seulement liée à la baisse des captures de colin de l’Alaska dans les zones de pêche récentes (Asie) mais également à la diminution de la quantité de merlu péchés en Amérique du sud. Par ailleurs, les captures de cabillaud n’ont pas retrouvé leurs niveaux antérieurs. Ce phénomène a été accentué par le haut niveau du dollar et de la livre anglaise. En juillet dernier, les blocs de merlu et de colin de l’Alaska surgelés ont atteint 2 US$/kg et ceux de cabillaud plus de 5US$/kg sur le marché américain, soit une augmentation de 30 à 50% en un an.
Dans un contexte de prix élevé pour les poissons blancs, ces contraintes réglementaire et environnementale devraient pouvoir être assumées par l’industrie. Cependant, la demande en colin pour la transformation en surimi dépend fortement de son prix. Si celui-ci reste élevé, la demande des fabricants de surimi se tournera vers des espèces moins chères rendues accessibles grâce aux innovations technologiques. Pour les transformateurs, il devient crucial d’être équipé de manière à pouvoir passer du surimi aux filets et blocs congelés en fonction de l’offre et de la demande.
La crise de la pêcherie de saumon en Alaska
En dépit de quantités pêchées très importantes, les résultats financiers de la pêcherie de saumon ont été désastreux en 1998. En effet, les captures ont été majoritairement composées des espèces «Pink», essentiellement destinée à la conserve, et «Chum» à faible valeur marchande. Le prix de cette dernière est descendu en dessous de 5 F/kg, transport inclus. Par ailleurs, l’espèce la mieux valorisée, le «King» a été rare en 1998.
Cette diminution de la ressource des saumons de l'Alaska intervient dans une situation marquée par la forte concurrence du saumon d’élevage sur les principaux marchés traditionnels. Au Japon, la part du saumon de l’Alaska est passée, en quelques années, de 90% à moins de 25% car le saumon d’élevage a remporté un grand succès sur le marché du frais, en particulier pour les restaurants spécialisés en sushi et sashimi. Pour lutter contre cet état de fait, l’organisme en charge de la promotion du saumon de l’Alaska (ASMI) a lancé d’importantes campagnes de promotion, de sensibilisation des chefs de grands restaurants et de démarche qualité pour relever l’image de ce produit.
La concurrence de l’aquaculture est d’autant plus forte que parallèlement à celui du saumon, le marché de la truite de mer se développe avec comme atout principal un coût de production inférieur, qui lui permet de concurrencer encore plus directement le saumon sauvage non seulement au Japon, mais aussi aux Etats Unis et en Europe, tout en échappant aux mesures de restriction appliquées aux importations de saumon d’élevage.
L’essor des pêcheries de crabes
Après avoir subi des contraintes climatiques, la pêcherie de crabe royal (King’s crab) est en pleine croissance, avec plus de 10000 tonnes en 1998. Les débarquements de petits crabes ont également fortement augmenté pour dépasser 100000 tonnes en 1998.
Les principaux marchés sont les USA talonnés par le Japon dont la demande est toujours forte malgré une mauvaise santé économique.
Le secteur de la pêche de l'Alaska est donc confronté à des enjeux importants. La prise de conscience, aussi bien des politiques que des professionnels, de la nécessité de préserver la ressource et de s'adapter au marché devrait permettre à l'Alaska de garder sa place dans le marché mondial des produits de la mer.
Analyse réalisée par : Paquotte P. / OFIMER


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